Le cabinet de Sophie Tremblay occupe le deuxième étage d’un immeuble discret du Plateau-Mont-Royal, au-dessus d’une librairie indépendante. Sur les étagères, des manuels de victimologie côtoient des piles de classeurs étiquetés par année et par type de fraude. À l’entrée, une affichette rappelle les coordonnées de plusieurs centres d’aide québécois aux victimes de fraudes en ligne — Sophie Tremblay y intervient comme consultante depuis 2021, après quinze ans en milieu universitaire. C’est dans cette pièce qu’elle reçoit, plusieurs fois par semaine, des hommes et des femmes qui ont perdu de l’argent, parfois beaucoup, dans une arnaque numérique. Et qui, presque toujours, croient n’être jamais venus pour parler d’eux-mêmes.

Cet entretien est une synthèse éditoriale d’une série de conversations menées sur le terrain au cours du printemps 2026. Les noms des personnes consultantes ont été modifiés ou agrégés pour préserver leur anonymat. Sophie Tremblay nous a accordé plusieurs heures pour décortiquer ce qu’elle observe quotidiennement — les profils, les ressorts psychologiques, les angles morts institutionnels.

Portrait éditorial de Sophie Tremblay, criminologue spécialisée en cybercriminalité

Sophie Tremblay, criminologue, spécialiste de la victimologie et de la cybercriminalité. Quinze ans de recherche sur les profils des victimes de fraudes francophones. Cabinet indépendant à Montréal depuis 2021. Conseille plusieurs centres d'aide aux victimes au Québec.

Hélène Roux : Sophie Tremblay, je commence par une question que tout le monde se pose en privé. Quand on lit les récits de victimes d'arnaques en ligne, on se dit souvent : « Moi, je ne me ferais jamais avoir. » Cette phrase, vous l'entendez souvent ?
Sophie Tremblay : Tous les jours. Et c'est exactement la phrase que prononçaient, six mois plus tôt, les personnes qui sont aujourd'hui assises dans ce fauteuil. Cette certitude est un facteur de risque, pas une protection.

Il faut comprendre une chose : les arnaqueurs ne ciblent pas les gens stupides. Ils ciblent les gens vulnérables à un moment précis. Ce moment peut durer une semaine, parfois une heure. Vous traversez un divorce. Vous venez de perdre un parent. Vous êtes inquiète pour votre fille adolescente. Vous avez reçu une mauvaise nouvelle au travail. Dans cette fenêtre temporelle, vos défenses cognitives sont abaissées — pas parce que vous êtes faible, mais parce que c’est le fonctionnement normal d’un cerveau humain sous stress émotionnel.

Quand je donne des conférences à des cadres d’entreprise, des médecins, des ingénieurs, je commence toujours par dire la même chose : statistiquement, plusieurs personnes dans cette salle se feront avoir. Et ce ne seront pas les moins intelligentes. Ce seront celles qui, au mauvais moment, recevront le bon message.

Hélène Roux : Vous parlez d'effet Dunning-Kruger inversé. Pouvez-vous expliciter ?
Sophie Tremblay : L'effet Dunning-Kruger classique décrit la tendance des personnes peu compétentes à surestimer leurs compétences. Ce que j'appelle l'inversion, c'est le phénomène miroir : les personnes très compétentes dans un domaine se croient compétentes dans un domaine connexe — la sécurité numérique, en l'occurrence — où elles ne le sont pas.

J’ai eu en consultation un professionnel de la cybersécurité, quinze ans d’expérience, qui a perdu près de quarante mille dollars dans une fraude à l’investissement crypto. Il avait reconnu, en théorie, tous les signaux : le rendement irréaliste, la plateforme inconnue, la pression à investir vite. Mais il s’était dit : « Moi, je sais reconnaître les signaux, donc si je le fais, c’est que c’est différent. » Sa propre confiance technique l’a rendu plus vulnérable, pas moins. Les tactiques spécifiques des arnaques aux cryptomonnaies et aux faux investissements en 2026 — des schémas Ponzi aux rug pulls — sont détaillées dans notre guide dédié.

C’est un schéma qu’on retrouve chez les avocats, les médecins, les chercheurs. Le diplôme ne protège de rien. Au contraire, il génère parfois un sentiment de surplomb qui désactive la prudence ordinaire — celle qui, paradoxalement, protège mieux les gens qui se savent vulnérables.

Hélène Roux : Existe-t-il des profils statistiquement plus ciblés selon le type d'arnaque ?
Sophie Tremblay : Oui, et c'est important parce que cela permet d'orienter la prévention. Les arnaques sentimentales — y compris les modèles de type [Pay Per Letter, par exemple](/post/arnaques-sites-de-rencontre-pay-per-letter-ppl/) — touchent massivement des femmes de 50 à 65 ans, plutôt diplômées, financièrement autonomes, souvent en sortie de relation longue ou en deuil. Le profil typique n'est pas la femme isolée et sans ressources qu'on imagine ; c'est la professionnelle indépendante, qui a réussi sa vie active et qui se sent soudain seule à l'âge où ses enfants sont partis.

Les fraudes à l’investissement, à l’inverse, ciblent des hommes de 30 à 50 ans, à l’aise avec la technologie, qui ont accumulé une épargne et qui veulent la faire fructifier rapidement. La crypto, le trading algorithmique, les plateformes pseudo-bancaires offshore : tout cela est calibré pour ce profil-là. L’arnaqueur joue sur l’ambition, le sentiment de comprendre mieux que les autres, la peur de manquer une opportunité.

La sextorsion, elle, vise principalement des jeunes hommes de 18 à 25 ans. Le scénario est connu : une fausse jeune femme entre en contact via un réseau social, la conversation devient rapidement intime, la victime envoie une image compromettante, et le chantage commence. À cet âge, la honte est telle que beaucoup paient sans rien dire — et beaucoup paient plusieurs fois.

Chaque type de fraude exploite une vulnérabilité spécifique à un âge et à un contexte de vie. Les escrocs ne sont pas des amateurs : ils savent à qui ils parlent.

Hélène Roux : Vous évoquez souvent les six leviers psychologiques de Cialdini. Comment se déclinent-ils dans l'arnaque moderne ?
Sophie Tremblay : Robert Cialdini avait identifié dans les années 1980 six principes d'influence : réciprocité, engagement, preuve sociale, autorité, sympathie, rareté. Les escrocs en ligne les utilisent tous, parfois simultanément, dans une seule arnaque.

L’urgence, par exemple, est un dérivé de la rareté : « Cette opportunité expire dans 24 heures », « Votre compte sera bloqué dans une heure si vous ne validez pas. » C’est exactement le ressort exploité par les campagnes de smishing 2026 que la rédaction a passées au crible, où la pression temporelle vise à empêcher toute vérification rationnelle. L’autorité s’incarne dans les faux courriels d’institutions officielles, les faux conseillers bancaires, les faux représentants Microsoft. La sympathie, c’est le travail patient de l’arnaqueur sentimental qui pendant des semaines pose les bonnes questions, écoute, valide. La preuve sociale, c’est l’avalanche de faux témoignages d’utilisateurs « enrichis » qui circulent dans les fausses publicités Facebook documentées sur les groupes d’investissement.

Le levier le plus puissant reste à mon avis la réciprocité. L’escroc commence par donner — du temps, de l’attention, parfois un petit gain financier dans une fraude à l’investissement (« voyez, vous avez gagné 200 dollars en une semaine »). Le cerveau humain est câblé pour rendre ce qu’il a reçu. Une fois que la victime a reçu, elle ne peut plus refuser sans souffrir psychiquement. C’est exactement ce mécanisme qui rend les arnaques sentimentales si dévastatrices : la victime ne donne pas son argent à un inconnu, elle le donne à quelqu’un qui lui a déjà beaucoup donné, sur le plan émotionnel.

Bureau éditorial avec dossiers de victimologie ouverts, blocs-notes annotés et tasse de café, ambiance feutrée

Hélène Roux : On estime que près de 90 % des fraudes francophones ne sont pas déclarées. Comment expliquez-vous ce silence massif ?
Sophie Tremblay : La honte. C'est le mot que j'écris en majuscules dans tous mes rapports. La honte est plus dissuasive que la perte financière elle-même.

Les victimes ont intériorisé une équation : avoir été arnaquée = être stupide. Cette équation est culturellement entretenue par la manière dont les médias rapportent les fraudes (« comment cette femme a-t-elle pu croire que… ») et par le réflexe social du « je te l’avais dit ». Conséquence : la victime préfère absorber seule la perte plutôt que d’affronter le regard. Elle ne dit rien à son conjoint, à ses enfants, à ses amis. Parfois, elle vit deux ou trois ans avec ce secret avant qu’il sorte — souvent à l’occasion d’un événement administratif, comme la déclaration d’impôt ou un dossier de retraite.

À cette honte s’ajoute une résignation pragmatique. Les victimes savent intuitivement que la plainte ne mènera à rien. L’arnaqueur est en Côte d’Ivoire, en Russie, à Dubaï. L’argent est passé par cinq comptes mules avant d’atteindre une cryptomonnaie intraçable. Les enquêteurs québécois ou français ont rarement les moyens de traiter ces dossiers. Beaucoup de victimes me disent : « Je ne porte pas plainte parce que je ne veux pas perdre une demi-journée pour rien. »

Le résultat est dramatique : sans plainte, pas de statistiques fiables ; sans statistiques, pas de prise de conscience institutionnelle ; sans prise de conscience, pas de moyens dégagés. Les analyses publiées sur i-actu.fr, un magazine de veille technologique francophone, montrent que les chiffres officiels de la fraude en ligne sous-estiment probablement la réalité d’un facteur cinq à dix. Tout le système de prévention repose sur des données fausses.

Hélène Roux : Quel est l'impact post-traumatique réel ? Vous parliez tout à l'heure de syndrome comparable à un état de stress post-traumatique.
Sophie Tremblay : L'impact est sévère et durable. Je le redis parce que c'est encore largement minimisé : on n'a pas seulement « perdu de l'argent ». On a vécu une trahison de l'intimité. Et le cerveau ne fait pas la différence entre une trahison réelle et une trahison par un personnage qui n'existait pas.

Les symptômes que je documente le plus fréquemment : troubles du sommeil persistants, ruminations obsessionnelles autour des messages échangés, anxiété diffuse au moindre contact numérique, méfiance généralisée envers autrui — y compris les proches qui n’ont rien fait —, retrait social, perte d’appétit, parfois épisodes dépressifs caractérisés. Dans les cas d’arnaque sentimentale prolongée sur plusieurs mois, on observe un véritable deuil de la relation imaginaire. La personne pleure quelqu’un qui n’a jamais existé. Le travail thérapeutique est plus long que pour une rupture ordinaire, parce qu’il faut d’abord accepter que la relation entière était une fiction — ce qui ré-active la honte.

Je suis préoccupée par les cas de victimes âgées qui développent, dans les douze à dix-huit mois, une dégradation cognitive accélérée. Le lien causal n’est pas démontré, mais le stress chronique post-arnaque est probablement un facteur. Il y a aussi, et il faut le dire, des suicides. Pas nombreux, mais documentés. Une victime qui se sent humiliée, ruinée, abandonnée par les institutions, peut basculer. Cette dimension n’est jamais dans les bilans annuels.

Hélène Roux : Quel rôle joue le soutien familial dans la reconstruction ?
Sophie Tremblay : Un rôle décisif, mais ambivalent. Le soutien familial peut accélérer la guérison ou l'enrayer, selon la posture adoptée.

Ce qui aide : la validation émotionnelle. Reconnaître que les sentiments éprouvés par la victime étaient réels, même si la relation était fausse. Cette distinction est libératrice. La femme qui a aimé un faux Marc pendant six mois n’a pas inventé son amour ; elle l’a éprouvé, intensément, et son corps en porte la mémoire. Lui dire « tu as été ridicule » détruit ; lui dire « tu as aimé quelqu’un qui ne méritait pas ton amour » répare.

Ce qui n’aide pas : le « je te l’avais dit », la moralisation, la prise en charge totale qui infantilise. Les proches bien intentionnés font souvent l’erreur de vouloir « gérer » à la place de la victime — fermer les comptes, déposer la plainte, rappeler la banque. Or, la victime a besoin de reprendre du contrôle, pas d’être dépossédée une seconde fois. Le bon accompagnement consiste à faire avec, pas à la place.

Je recommande systématiquement, dans les cas sérieux, l’orientation vers un psychologue spécialisé en victimologie ou en traumatologie. Les centres d’aide aux victimes québécois et français disposent de listes de praticiens. Le médecin généraliste peut aussi prescrire un suivi pris en charge. Trop de victimes pensent qu’elles vont s’en remettre seules ; six mois plus tard, elles sont encore enfermées dans la honte.

Carnet de notes ouvert avec annotations manuscrites sur les profils victimes, tasse de thé en arrière-plan, lumière tamisée

Hélène Roux : Parlons des institutions. Vous avez écrit que la défense individuelle est insuffisante. Que devraient faire les pouvoirs publics et les plateformes ?
Sophie Tremblay : J'aimerais qu'on arrête de faire reposer toute la prévention sur la victime. C'est une approche perdue d'avance. Aucun individu ne peut rivaliser avec une organisation criminelle qui dispose d'intelligence artificielle, de scripts comportementaux affinés sur des milliers de cibles, et d'une infrastructure technique délocalisée.

Les plateformes numériques — Meta, Google, TikTok, les opérateurs télécoms — doivent être tenues responsables de ce qu’elles laissent passer. Quand une fausse publicité d’investissement génère des centaines de plaintes et qu’elle reste en ligne pendant des semaines, ce n’est plus de la négligence, c’est un choix éditorial. Le modèle économique publicitaire de ces plateformes les incite structurellement à minimiser la modération. Tant qu’il n’y a pas de sanction financière proportionnée à leur chiffre d’affaires, rien ne change. Les enquêteurs cybercriminalité que je côtoie partagent ce constat — et la rédaction l’a recueilli en détail dans un entretien avec un ancien enquêteur de la division cybercrime québécoise, qui décrit précisément cette dispersion structurelle des responsabilités entre plateformes, registrars et hébergeurs.

Les banques doivent aussi évoluer. Le système de virement instantané a été conçu pour la fluidité commerciale, pas pour la sécurité. Une victime qui virer 30 000 dollars à une plateforme inconnue à 2 heures du matin devrait déclencher une alerte automatique et un délai de carence. Ce n’est pas techniquement difficile ; c’est commercialement inconfortable.

Enfin, l’État doit financer correctement les unités d’enquête cybercriminelle, les centres d’aide aux victimes, et les campagnes de prévention. Pas des campagnes condescendantes du type « ne cliquez pas sur les liens douteux », mais des campagnes qui parlent vraiment des mécanismes psychologiques, du processus de manipulation, et qui déculpabilisent les victimes pour les inciter à porter plainte.

Hélène Roux : Quelles sont les recommandations concrètes que vous donnez aux proches qui découvrent qu'un membre de leur famille est victime ?
Sophie Tremblay : J'en ai trois, et je les répète à chaque consultation familiale.

Première recommandation : accepter que l’arrêt de l’arnaque sera plus lent que vous ne le souhaitez. Une victime sous emprise, surtout sentimentale, ne décroche pas en une discussion. Le cerveau a besoin de temps pour intégrer que la relation n’était pas réelle. Si vous brusquez, vous obtenez l’effet inverse : la victime se réfugie auprès de son arnaqueur, qui a anticipé exactement ce scénario et qui a préparé des arguments pour discréditer la famille (« ils sont jaloux de notre amour », « ils ne te comprennent pas »). La rupture demande des semaines, parfois des mois.

Deuxième recommandation : éviter à tout prix la confrontation directe avec l’arnaqueur. N’envoyez pas de message au faux profil pour le démasquer. Cela ne sert à rien — il disparaîtra et reviendra sous un autre pseudonyme — et cela cristallise la victime dans la position défensive. Concentrez-vous sur la victime, pas sur l’agresseur.

Troisième recommandation : faire intervenir un tiers professionnel. Un psychologue, un travailleur social, un conseiller bancaire. La parole d’un professionnel extérieur a, dans l’inconscient de la victime, un poids différent de celle d’un proche jugé partial. Beaucoup de victimes acceptent d’aller voir un psy alors qu’elles refusent d’écouter leur famille. Utilisez ce levier.

Questions rapides : les idées reçues

Hélène Roux : Les victimes sont en majorité des personnes âgées isolées.
Sophie Tremblay : Faux. C'est une représentation médiatique. Les victimes sont de tous âges et de tous milieux sociaux. La part des moins de 35 ans est en croissance rapide depuis 2022, notamment via la sextorsion et les fraudes crypto.
Hélène Roux : Une personne très diplômée est mieux protégée.
Sophie Tremblay : Faux. Le diplôme ne protège pas, et peut même augmenter le risque par excès de confiance. Les arnaqueurs adaptent leurs scripts aux profils cultivés.
Hélène Roux : Les arnaques sentimentales touchent surtout les femmes.
Sophie Tremblay : Vrai en proportion, mais les hommes sont aussi victimes — souvent dans des fraudes hybrides combinant séduction et investissement (le « pig butchering » par exemple). Ils déclarent encore moins que les femmes.
Hélène Roux : Les banques remboursent toujours en cas de fraude avérée.
Sophie Tremblay : Faux. Si la victime a effectué le virement elle-même, même sous manipulation, beaucoup de banques refusent le remboursement en invoquant l'autorisation explicite. C'est un terrain juridique en évolution.
Hélène Roux : Une personne qui a été arnaquée une fois ne se fait pas avoir une deuxième fois.
Sophie Tremblay : Faux. Les victimes d'une première fraude sont surreprésentées dans les listes des arnaqueurs spécialisés en « recovery scams » — les fausses promesses de récupération de fonds. Le traumatisme initial fragilise au lieu de protéger.
Hélène Roux : Les forces de l'ordre sont équipées pour traiter ces dossiers.
Sophie Tremblay : Très partiellement. Les unités spécialisées existent mais sont sous-dimensionnées par rapport au volume. Beaucoup de plaintes restent sans suite faute de moyens, pas faute de volonté.
Hélène Roux : L'intelligence artificielle aggrave-t-elle la situation ?
Sophie Tremblay : Massivement. Les voix clonées, les vidéos truquées, les profils synthétiques rendent les arnaques quasi indétectables visuellement. C'est le défi central de la prochaine décennie. La rédaction a consacré [un guide complet aux arnaques fondées sur l'intelligence artificielle en 2026](/post/arnaques-intelligence-artificielle-2026-deepfakes-voix-clonee/) — clonage vocal, deepfakes vidéo, faux conseillers IA — pour comprendre ces nouvelles menaces concrètement.

Conclusion : trois choses à retenir

Sophie Tremblay : Je résume en trois idées que j'aimerais voir circuler davantage.

Première idée : personne n’est trop intelligent, trop éduqué ou trop méfiant pour se faire avoir. La vulnérabilité n’est pas un trait de personnalité, c’est une situation traversée. Penser le contraire, c’est entrer dans la zone à risque.

Deuxième idée : la honte est l’allié de l’arnaqueur. Tant que les victimes se taisent, le système de fraude prospère. Briser ce silence — par la parole publique, par la plainte, par le partage en famille — est un acte civique autant que personnel.

Troisième idée : la défense individuelle ne suffit pas. La fraude en ligne est un problème systémique qui exige des réponses systémiques. Les plateformes, les banques, les États doivent prendre leur part. La prévention par la responsabilisation des victimes est une impasse — confortable pour les institutions, dévastatrice pour les personnes.