Quand Microsoft a sorti Windows 8 en 2012 puis Windows 10 en 2015, l’éditeur a fait le choix d’une rupture ergonomique majeure : remplacer le menu Démarrer hiérarchique de Windows 7 par une interface en tuiles carrées inspirée des tablettes tactiles. Windows 11, sorti en 2021, a poursuivi cette logique en centrant la barre des tâches et en simplifiant encore le menu, au prix d’une perte de fonctionnalités appréciées des utilisateurs avancés.
Ces choix de design ont divisé. Certains utilisateurs apprécient la modernité visuelle. D’autres — souvent les plus anciens, mais pas exclusivement — y voient une régression ergonomique : recherche de fichiers moins efficace, navigation plus complexe, perte des repères visuels qui structuraient l’usage de Windows depuis les années 1990. La rédaction reçoit régulièrement des demandes d’utilisateurs qui voudraient simplement « retrouver leur ancien Windows ».
Bonne nouvelle : c’est techniquement possible, gratuitement ou pour quelques dollars, en quelques minutes. Ce guide présente les trois principales solutions disponibles en 2026, leurs forces et leurs limites, et propose une recommandation selon le profil d’usage.
Pourquoi le menu Démarrer compte tellement
Le menu Démarrer n’est pas un simple raccourci décoratif. C’est l’épine dorsale de l’interaction avec un ordinateur Windows depuis Windows 95. Il sert à :
- Lancer une application en tapant son nom
- Trouver un fichier ou un document récent
- Accéder aux paramètres système
- Éteindre, redémarrer ou mettre en veille la machine
- Naviguer dans l’arborescence des programmes installés
Une mauvaise ergonomie du menu Démarrer impose un coût cognitif quotidien : chaque tâche prend deux à trois clics de plus, chaque recherche demande un effort supplémentaire. Sur des centaines d’usages par jour, cumulés sur des années, l’effet est considérable — particulièrement pour les utilisateurs qui ne sont pas natifs du numérique et qui ont mémorisé un schéma d’usage spécifique.
Pour les personnes âgées en particulier, l’effet est aggravé par le fait qu’apprendre une nouvelle ergonomie devient plus coûteux avec l’âge. La rédaction observe régulièrement que des utilisateurs parfaitement à l’aise avec Windows 7 deviennent désorientés face à Windows 10 ou 11 — non par manque d’intelligence, mais parce que le coût d’apprentissage du nouveau schéma dépasse le gain perçu.
Option 1 — Open-Shell, le choix gratuit et éprouvé
Open-Shell (anciennement Classic Shell, jusqu’à son rachat par la communauté open source en 2017) est le logiciel le plus connu et le plus mature de cette catégorie. Gratuit, open source, sans publicité, sans collecte de données, il existe depuis 2009 et reste activement maintenu par une communauté de développeurs bénévoles.
Ce qu’il fait
Open-Shell remplace le menu Démarrer de Windows 10 ou 11 par un menu d’apparence personnalisable, qui peut imiter :
- Le style Windows 7 avec sa double colonne (programmes à gauche, dossiers utilisateur à droite)
- Le style Windows XP encore plus classique
- Un style « Classic » à une seule colonne, ultra-sobre
Le bouton Démarrer lui-même est personnalisable — il est possible d’afficher l’orbe Windows 7, le bouton carré Windows 10, le bouton vert Windows XP, ou un bouton personnalisé fourni par l’utilisateur (image PNG).
Comment l’installer
Quatre étapes, dix minutes :
Étape 1. Télécharger le dernier installateur depuis la page officielle GitHub : github.com/Open-Shell/Open-Shell-Menu/releases. Toujours utiliser cette source — les versions distribuées sur des sites tiers peuvent être modifiées et compromettre la sécurité du système. Ce principe s’applique à tous les logiciels libres : la source officielle est la seule garantie. Pour la même raison, méfiez-vous des arnaques au faux support Microsoft qui poussent à installer des logiciels par téléphone — Open-Shell ne s’installe que par téléchargement volontaire et conscient.
Étape 2. Double-cliquer sur le fichier .exe téléchargé. L’installateur propose plusieurs composants : Open-Shell Menu (menu Démarrer), Open-Shell Explorer (barre d’outils dans l’Explorateur de fichiers), Open-Shell Update (mises à jour automatiques). Pour la majorité des utilisateurs, seul Open-Shell Menu est nécessaire. Décocher les autres composants au besoin.
Étape 3. Une fois l’installation terminée, cliquer sur le bouton Démarrer. Open-Shell affiche automatiquement une fenêtre de configuration initiale qui propose de choisir le style : Classic style, Classic with two columns (style Windows 7), Windows 7 style. La majorité des utilisateurs choisira « Windows 7 style ». Valider.
Étape 4 (facultative). Personnaliser plus en profondeur en ouvrant Open-Shell Menu Settings depuis la barre de recherche Windows. Les options sont nombreuses : skin du menu, comportement de la touche Windows, intégration avec la recherche Cortana, mise à jour de la liste des programmes récents.
Les forces
- Totalement gratuit, pour toujours
- Open source, code auditable
- Compatible Windows 7, 8, 10 et Windows 11 (jusqu’aux versions 23H2 testées)
- Aucune collecte de données
- Une fois configuré, fonctionne sans intervention
Les limites
- L’interface de configuration est touffue, ce qui peut décourager
- Sur Windows 11 24H2 et ultérieurs, certaines fonctionnalités avancées peuvent être moins fluides
- L’intégration avec les nouveaux composants Windows 11 (widgets, Copilot) reste basique
- Le développement étant communautaire, les correctifs après une mise à jour Windows peuvent prendre quelques jours

Option 2 — StartAllBack, le choix payant pour Windows 11
StartAllBack est une alternative commerciale spécifiquement développée pour Windows 11. Vendu 4,99 dollars américains pour une licence à vie sur trois PC (le créateur, Stanislav Zinukhov, ancien développeur de StartIsBack), il offre une intégration nettement plus poussée avec Windows 11 que Open-Shell.
Ce qu’il fait
Au-delà du menu Démarrer, StartAllBack permet de :
- Restaurer la barre des tâches Windows 10 (avec les options de groupement plus fines)
- Récupérer l’Explorateur de fichiers Windows 10 avec son ruban classique
- Personnaliser les coins arrondis de Windows 11
- Modifier le menu contextuel pour retrouver le menu Windows 10 (sans avoir à cliquer sur « Afficher plus d’options »)
L’ensemble est cohérent : on ne sent pas une greffe étrangère, mais une véritable continuité visuelle avec Windows 10.
Pour qui
StartAllBack est recommandé pour les utilisateurs venant de Windows 10 qui ont reçu Windows 11 sur un nouvel ordinateur et qui veulent simplement « retrouver leur ancien environnement » sans bricolage. Pour cinq dollars, on obtient un résultat propre, bien intégré, et soutenu par un éditeur réactif.
Achat et installation
Le logiciel se télécharge depuis startallback.com. Un essai gratuit de 100 jours permet de tester avant de payer. Le paiement se fait par carte ou PayPal. La licence donne droit aux mises à jour à vie pour Windows 11.
Option 3 — Start11, le choix premium de Stardock
Start11 est édité par Stardock, société américaine connue depuis vingt ans pour ses utilitaires de personnalisation Windows (WindowBlinds, Fences, ObjectDock). Vendu 5,99 dollars (ou inclus dans le bundle Object Desktop à 39,99 dollars), il offre la palette la plus complète de styles de menus.
Ce qu’il fait de différent
Là où Open-Shell et StartAllBack proposent quelques styles classiques, Start11 propose :
- Plus de douze styles de menus différents (Windows 7, Windows 10, Windows 11 modifié, modernes, dark mode, etc.)
- Une intégration profonde avec la recherche Windows
- La possibilité de modifier la couleur, la transparence, la taille des éléments
- Un éditeur de raccourcis pour ajouter ses propres groupes d’applications
- Un mode tablette dédié
Pour qui
Start11 vise les utilisateurs avancés ou les passionnés de personnalisation visuelle qui veulent créer un environnement totalement sur mesure. Pour un usage simple « je veux retrouver Windows 7 », c’est probablement disproportionné — Open-Shell suffit. Pour qui veut investir dans une personnalisation poussée et soutenir un éditeur indépendant, Start11 est solide.
Tableau récapitulatif des trois options
| Critère | Open-Shell | StartAllBack | Start11 |
|---|---|---|---|
| Prix | Gratuit | 4,99 $ | 5,99 $ |
| Source | Open source | Propriétaire | Propriétaire |
| Compatibilité Windows 10 | Excellente | Limitée | Excellente |
| Compatibilité Windows 11 | Bonne | Excellente | Excellente |
| Intégration Explorateur | Basique | Avancée | Moyenne |
| Personnalisation visuelle | Moyenne | Bonne | Très avancée |
| Courbe d’apprentissage | Moyenne | Facile | Facile |
| Recommandé pour | Utilisateurs économes, geeks | Utilisateurs Windows 11 cherchant la simplicité | Passionnés de personnalisation |
Que faire quand Windows 10 sera fin de support
Windows 10 a atteint sa fin de support officielle le 14 octobre 2025. À partir de cette date, Microsoft ne publie plus de mises à jour de sécurité pour le grand public — ce qui expose progressivement les ordinateurs Windows 10 à des vulnérabilités non corrigées. Trois options s’offrent aux utilisateurs encore sous Windows 10 en 2026.
Option A — Migrer vers Windows 11
Si le matériel est compatible (TPM 2.0, processeur récent), la migration est gratuite et automatique. Une fois sur Windows 11, on peut installer immédiatement Open-Shell ou StartAllBack pour retrouver l’ergonomie classique. C’est l’option la plus simple pour la majorité des utilisateurs grand public. À l’occasion de la migration, la rédaction recommande aussi de basculer sur un compte local plutôt que sur un compte Microsoft connecté en permanence — la procédure est documentée dans un guide dédié.
Option B — Migrer vers Linux
Pour les ordinateurs anciens incompatibles avec Windows 11, Linux Mint Cinnamon ou Zorin OS offrent une ergonomie nativement proche de Windows 7, sans besoin de logiciel tiers. Ces distributions sont gratuites, sécurisées, et adaptées au grand public francophone. La transition demande quelques heures d’apprentissage, mais elle prolonge la vie d’un ordinateur de cinq à dix ans sans coût matériel.
Option C — Programme ESU de Microsoft
Microsoft propose un programme payant de mises à jour de sécurité étendues (Extended Security Updates) pour Windows 10 jusqu’en octobre 2028. Le coût est d’environ 30 dollars américains la première année, doublé chaque année. Cette option est principalement destinée aux entreprises qui ne peuvent pas migrer immédiatement leurs parcs informatiques. Pour un particulier, le rapport coût/bénéfice favorise généralement la migration vers Windows 11 ou Linux.
À éviter
Continuer Windows 10 sans le programme ESU et sans mises à jour expose progressivement la machine à des vulnérabilités exploitables. C’est l’équivalent de conserver une adresse courriel chez un fournisseur d’accès qu’on ne maîtrise plus : l’inertie semble plus simple à court terme, mais accumule un risque qui finit par se matérialiser.

Recommandations selon le profil
La rédaction synthétise quatre cas d’usage typiques :
Personne âgée avec un nouvel ordinateur Windows 11. Installer StartAllBack (5 $). L’intégration native est plus propre, l’interface plus cohérente, et le risque d’erreur de configuration est moindre. Le coût modeste vaut largement la simplicité.
Utilisateur économe sous Windows 10 ou 11. Installer Open-Shell gratuitement. Le résultat est très bon une fois configuré, et la philosophie open source garantit la pérennité.
Geek ou passionné de personnalisation. Évaluer Start11 ou même la suite Object Desktop complète. Les possibilités créatives sont sans équivalent.
Utilisateur sous Windows 10 sur un vieil ordinateur incompatible Windows 11. Considérer sérieusement le passage à Linux Mint Cinnamon. L’ergonomie ressemble à Windows 7 sans logiciel tiers, et la machine retrouve cinq à dix ans d’utilité.
Quelques mots sur la philosophie
Personnaliser son système d’exploitation pour retrouver une ergonomie classique n’est pas un acte de résistance au progrès — c’est un choix légitime de continuité. Les éditeurs de logiciels poursuivent leurs propres logiques (mobile-first, intégration cloud, monétisation des services intégrés) qui ne coïncident pas toujours avec les besoins de leurs utilisateurs. Quand cette divergence devient trop importante, les outils de personnalisation rééquilibrent la relation.
La force de Windows depuis trente ans tient à son ouverture : l’éditeur fournit la plateforme, mais les utilisateurs et les développeurs tiers conservent une marge de personnalisation considérable. C’est ce qui distingue Windows de l’iPad ou des Chromebook, beaucoup plus contraints. Tant que cette ouverture demeure, des outils comme Open-Shell continueront à exister. Pour approfondir la personnalisation Windows et les astuces avancées, la rédaction renvoie vers les tutoriels de CodeYourWeb qui couvrent régulièrement ces sujets.
Ce guide s’appuie sur l’expérience directe de la rédaction avec les trois logiciels présentés, sur la documentation publique des éditeurs (Open-Shell, StartAllBack, Stardock), et sur les notes de version de Windows 10 et Windows 11 publiées par Microsoft entre 2021 et 2026. Aucun éditeur n’a sponsorisé cette comparaison.